Le terme « drama queen » peut être utilisé pour décrire les personnes borderline. Tout comme « instable », « imprévisible », « trop », « collante », « intense », « excessive », « hypersensible », « dépendante ». C'est une erreur, et une forme d'invalidation particulièrement cruelle pour les personnes borderline.
Et la phrase la plus invalidante de toutes : « tout le monde est un peu comme ça. »
Non. Tout le monde ressent des émotions, mais tout le monde ne les vit pas à cette intensité, sans frein neurologique, avec un système nerveux en alerte constante, avec une vigilance qui ne s’éteint jamais complètement. Parce que le trouble se développe souvent dans des environnements où il fallait être constamment en alerte pour anticiper, s’adapter pour être soutenu, survivre émotionnellement. Le radar hyperactif, la sensibilité aux micro-signaux, l’intensité des attachements, la peur de l’abandon - ce sont des stratégies de survie qui ont été tellement répétées qu’elles sont devenues le mode de fonctionnement par défaut. Ce n'est donc pas une question de degré ou d’« exagération » d’émotions, mais de différence de fonctionnement cérébral. La façon dont une personne borderline exprime ce qu'elle ressent est souvent très en deçà du cyclone intérieur. Cet état d’alerte chronique est physiquement épuisant. C’est pour ça que les personnes borderline sont souvent fatiguées très profondément, pas juste émotionnellement.
De plus, le borderline se sent coupable de ressentir trop. Coupable de ne pas ressentir assez. Coupable de faire fuir. Coupable de s’attacher. Coupable d’exister avec cette intensité qui déborde. C’est une des conséquences directes de l’environnement invalidant - quand on a grandi avec le message implicite que ses émotions étaient excessives, dérangeantes, incompréhensibles, on intègre que c’est soi le problème.
Ce qu'on perçoit comme du « drama » de l'extérieur, est en fait une vraie dysrégulation émotionnelle neurologique : réelle, physique, involontaire.
Ce n'est pas de la performance, ce n'est pas de la manipulation, ce n'est pas du théâtre : le trouble borderline est invisible. On ne voit pas l'amygdale en surchauffe, on ne voit pas le cortex préfrontal qui n'arrive pas à réguler, c’est pourtant là. On voit juste quelqu'un qui « réagit trop » et on juge.
Et historiquement, le diagnostic borderline a été posé massivement sur des femmes, ce qui a contribué à le pathologiser comme de l'hystérie, de la manipulation, du pathos. C'est un biais sexiste profondément ancré dans l'histoire de la psychiatrie.
Le borderline, c’est la survie érigée en mode de fonctionnement.